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Quel avenir pour la génération Covid ?

Alors que nous entamons la sixième semaine de confinement, et donc de continuité pédagogique à distance, je partage une image un peu particulière, à laquelle je tiens beaucoup.
Comme tous les autres établissements scolaires de France, le lycée où j’enseigne dans un quartier du sud de Rennes est fermé depuis le 16 mars dernier. Plus d’un mois donc à tenter de poursuivre les cours vaille que vaille, à maintenir le lien malgré tout, à inventer de nouvelles façons de faire, dans un climat général d’anxiété et d’incertitude. Et jour après jour, l’assiduité qui diminue chez mes élèves, et les interactions qui se font moins riches, même dans les classes à examen.
 

Fenêtres sur confinement

Un peu par manière de jeu, un peu aussi pour ramener de l’humanité dans nos contacts désormais désincarnés, j’ai demandé à mes étudiants de BTS de prendre une photographie de la vue depuis leur lieu de confinement. Ce patchwork vaut bien des discours : des tours HLM, des immeubles le long de grandes artères, des routes à la périphérie.
Tous n’ont pas répondu. J’ai pris des nouvelles, envoyé des messages, décroché mon téléphone.
Celui-ci doit partager l’unique ordinateur de la maison avec ses 6 frères et sœurs. Celle-ci, l’aînée de la famille, ne peut pas travailler ses cours tant qu’elle n’a pas mis au lit les plus petits dont elle s’occupe, en l’absence de sa mère partie travailler au dehors. Cette troisième a accepté de prendre un travail temporaire: les revenus familiaux se sont effondrés avec le confinement, ses parents ne pourront pas l’aider à financer les prochains mois. Tel autre enfin, qui vit loin de la ville, peine à avoir suffisamment de réseau pour récupérer ses cours en ligne, et il faut partager avec ses deux parents qui télétravaillent et sa sœur qui suit ses cours en ligne à la fac.
Il aura fallu le confinement, et l’éloignement physique d’avec mes étudiants, pour que j’entre dans le quotidien de leur existence comme jamais auparavant, comme jamais lorsque je les avais sous les yeux et que je partageais avec eux l’espace commun de la classe, cinq heures par semaine.
 

L’école du jour d’après ?

De quoi sera fait le jour d’après pour ces étudiants ? Parlera-t-on d’une génération Covid ? La récession économique va les toucher de plein fouet au moment même où ils tentent d’entrer sur le marché du travail. Et si les solidarités se déploient, si toute l’équipe éducative du lycée les accompagne pour amortir la catastrophe que nous vivons, force est de reconnaître que les inégalités vont les frapper très durement, eux comme nous tous, et que leurs ressources premières seront d’abord celles qu’ils trouveront, ou non, dans leur famille.
Je ne veux pas pourtant finir ce message sur une note négative. Car je veux croire que nous tirerons les leçons de cet épisode, pour construire enfin une école guérie de ses contradictions et libérée de ses empêchements. L’école à laquelle j’aspire sera ouverte sur le monde, ouverte sur son quartier déjà ce serait bien! Elle saura se réconcilier avec les familles, et construire avec chacune d’elle une véritable alliance autour de l’enfant, même quand il est différent, même quand il est devenu grand. Et sans baisser ses exigences de transmission des savoirs, elle saura se rappeler que la plus belle de ses missions est d’accompagner l’enfant qui lui est confié à devenir pleinement lui-même, et le meilleur de lui-même.

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