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Rajeunir la politique jeunesse à Rennes.

Faut-il autoriser les jeunes à faire la fête? Oui ! Faut-il maintenir le dispositif de la Nuit des 4 Jeudis? Oui ! Mais il est urgent de le dépoussiérer pour l’adapter aux enjeux actuels. Mes propositions présentées en Conseil Municipal le 21 septembre 2020.

Mme la Maire, chers collègues,

Vous portez à délibération une troisième affectation de crédits en cette année 2020 pour le programme de la Nuit Des 4 Jeudis.

Ce dispositif, qui entre dans sa 14e année, se fixe pour objectif de gouverner les pratiques festives des jeunes la nuit dans notre ville. En proposant une offre récréative concurrentielle à celle des commerces, il s’agit de canaliser l’occupation de l’espace public par les jeunes, d’éviter les débordements en tout genre que les résidents du centre-ville ne connaissent que trop bien, de faire de la médiation et de la prévention santé.

Lorsqu’il fut mis en place à Rennes en 2006, sur le modèle de ce qui existait alors en Espagne, ce dispositif pouvait faire figure d’innovation. Aujourd’hui, force est de constater qu’il peine à répondre aux enjeux inédits auxquels nous avons à faire face.

  1. Un enjeu d’occupation de l’espace

Les résidents du centre-ville se plaignent de voir leur espace de vie transformé chaque fin de semaine en un immense bar de nuit à ciel ouvert. Les jeunes, de leur côté, se plaignent de n’avoir pas de lieu de convivialité où se retrouver en fin de journée et en soirée sans être obligés de payer et de consommer.

N’est-il pas temps enfin de faire émerger d’autres espaces et d’autres temps de récréation juvénile ?

Les campus notamment restent à ce jour insuffisamment investis. Nous avons besoin d’une politique jeunesse qui accompagne la transformation de Beaulieu et Villejean pour en faire de vrais lieux de vie, adaptés au rythme et aux besoins des étudiants.

  1. Un enjeu de santé publique

Alors que le virus du Covid 19 circule à nouveau de manière active à Rennes, et alors que les jeunes, même s’ils résistent bien au virus, sont particulièrement contaminés et ce faisant particulièrement contaminants, est-il bien raisonnable de continuer à programmer des fêtes réunissant des centaines voire des milliers de jeunes, au risque de multiplier les clusters ?

Les conditions sanitaires actuelles nous imposent de repenser en urgence la gestion des pratiques festives urbaines.

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  1. Un enjeu de sécurité

La menace qui pèse aujourd’hui sur les jeunes ne réside plus seulement dans leur consommation d’alcool ou de psychotropes. Elle réside aussi dans le fait qu’ils sont devenus la cible d’agressions répétées et croissantes. Sortir en ville le soir pour retrouver ses amis, cela veut dire courir le risque de se faire voler son portable, se faire agresser par une bande organisée, se faire menacer à l’arme blanche ou au tesson de bouteille, recevoir en pleine tempe un sac rempli d’objets lourds et finir la nuit au mieux au commissariat de police, au pire au service des urgences.

Certains patrons de bars et de restaurants préconisent l’usage d’une application de copiétonnage. Des groupes privés émergent sur Facebook avec le même objectif : ne jamais se retrouver seul en ville le soir. L’un de ces groupes, ouvert le 5 septembre, compte déjà 1700 abonnés. On peut y lire des signalements d’agression presque en temps réel. La prochaine étape sera-t-elle la constitution d’une milice privée ?

Mme la Maire, chers collègues, notre groupe votera cette troisième affectation de crédits pour le dispositif de la Nuit des 4 Jeudis. Car même imparfait, il a le mérite au moins d’exister. Mais nous appelons ici ce soir solennellement à le revisiter et à l’adapter, pour qu’il soit mieux connecté aux attentes des étudiants, et mieux adapté à la crise sanitaire et sécuritaire que nous traversons.

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